Johanne Martin, une femme passionnée
- Audrey-Anne Lacasse

- 1 avr.
- 7 min de lecture
Portrait d’une journaliste et acéricultrice qui marie avec brio écriture, transmission et passion du terroir.

J’ai pu rencontrer Johanne Martin, une femme curieuse et amoureuse de l’écriture, qui aime beaucoup les gens. Elle transmet sa passion pour l’information au travers de son métier de journaliste et des visites qu’elle offre à son érablière, la Coulérable. Une discussion avec Johanne vous charmera, j’en suis certaine!
Un parcours entre journalisme et acériculture
"Quel est votre parcours qui vous a menée à être à la fois journaliste et acéricultrice?"
En secondaire 5, j'ai participé à un concours provincial en journalisme et j'ai gagné le premier prix qui consistait en un stage dans une entreprise journalistique. Ce stage a confirmé mon intérêt pour le journalisme.
Au collégial, j'ai fait des études en arts et lettres, puis en communication et journalisme à l'Université Laval. Dès la fin de mes études collégiales, j’ai eu mon premier enfant. J’ai appris à m’organiser pour concilier la vie familiale et les études. J’ai aussi fait des études de deuxième cycle en aménagement du territoire et développement régional.
J’ai été journaliste employée par un journal, puis directrice d'un organisme à but non lucratif en insertion sociale et professionnelle chez des jeunes en difficulté. Je suis revenue au métier de journaliste, mais cette fois comme journaliste pigiste. Je suis donc travailleuse autonome, ce qui me permet de concilier mon travail d’acéricultrice en même temps.
Pour l’érablière, mon conjoint s’occupe de la production du sirop d’érable. Il a d’ailleurs fait un DEP en acériculture à Saint‑Anselme. De mon côté, j’ai suivi des cours de transformation des produits de l’érable pour compléter mon conjoint.
Deux métiers, une même passion pour la transmission
"Comment conciliez-vous les deux facettes de vos activités professionnelles?"
En étant journaliste pigiste, j’ai l’occasion de travailler pour plusieurs journaux ou magazines selon leurs besoins : le journal La Terre de Chez Nous, le journal Le Soleil, le magazine Virage de la Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ) et le magazine Prestige. La Terre de Chez Nous me confie des mandats sur l’acériculture. Je m’informe donc sur divers sujets en lien avec l’acériculture, ce qui m’aide à me tenir à jour sur le domaine. Je transmets ces connaissances dans des articles pour le journal et dans les visites que j’offre à ma clientèle à l’érablière.
Le travail de journaliste est plutôt intellectuel. Je collecte de l’information que je vérifie et vulgarise. Je commence généralement par une entrevue que je retranscris tout en sélectionnant les meilleurs extraits. Je réfléchis à la forme de l’article, puis je me mets à la rédaction. En étant pigiste, je peux travailler de la maison. C’est ce qui me permet de prendre une pause lorsque des clients approchent de l’érablière pour les accueillir.
Mon travail à l’érablière me permet de faire autre chose avec mes dix doigts que de taper sur les touches d’un clavier. Je transforme le sirop d’érable en une vingtaine de produits d’érable dont je maintiens l’inventaire tout au long de l’année pour offrir des produits fraichement préparés à la clientèle de l’érablière et dans des marchés.
Le quotidien du temps des sucres
"Si vous deviez présenter votre quotidien dans le temps des sucres à un passant dans la rue, comment l’expliqueriez-vous en quelques mots??"
Au début de la saison des sucres, nous surveillons le moment où la température de la nuit descend sous 0 °C, mais que la température du jour soit au-dessus de 0 °C. À ce moment, nous entaillons nos érables pour installer notre système de tubulure qui consiste en des tuyaux et une pompe pour collecter l’eau d’érable. Puis, nous démarrons la récolte de l’eau d’érable.
Par un processus d’osmose, nous concentrons les sucres dans l’eau d’érable. Cette eau concentrée est alors bouillie jusqu’à atteindre le fameux 66° Brix, qui correspond au taux de sucre du sirop d’érable. Nous filtrons le sirop d’érable et nous le mettons en contenants. Nous nettoyons nos équipements régulièrement pendant la saison des sucres.
À la fin de la saison des sucres, nous « désentaillons », c’est‑à‑dire que nous retirons les chalumeaux, puis nous injectons dans notre système de tubulure de l’alcool isopropylique adapté pour le fermer. Nous rangeons tous les équipements jusqu’à l’année prochaine.
La Coulérable : une érablière familiale
"Parlez-moi de votre érablière".

Mon conjoint et moi habitons sur l’érablière qu’il a achetée en 1987. Nous avons agrandi l’érablière avec la terre du voisin quelques années plus tard. Nous exploitions l’érablière avec un équipement plutôt rudimentaire : un système de chaudières. Vers 2013, nous avons modernisé notre érablière. Nous avons construit la cabane à sucre et changé le système de chaudières par un système de tubulure.
Mon conjoint et moi gérons notre érablière, la Coulérable, ensemble sans aide extérieure. Nos enfants viennent nous aider parfois, mais on fait en sorte de ne pas compter sur eux. À deux avec 625 entailles et un système à tubulure, nous suffisons à la tâche.
Mon conjoint prend congé de son travail dans le temps des sucres pour opérer l’érablière. Je le seconde dans la production de sirop d’érable et la mise en contenants. Cependant, mon rôle est principalement autour de la transformation des produits de l’érable et de l’accueil des clients tout au long de l’année.
"Comment votre érablière s’insère-t-elle dans votre communauté?"
Au début, les villageois avaient de la difficulté à nous trouver. J’ai donc référencé l’érablière sur Google pour faciliter leur déplacement jusqu’à l’érablière. Je n’avais pas envisagé que des touristes viendraient directement à l’érablière et qu’ils seraient intéressés par nos produits.
La Coulérable rejoint des touristes européens en déplacement entre Québec et Montréal à l’automne. Ils ont déjà goûté au sirop d’érable, mais ils connaissent généralement peu le monde de l’érable. J’ai alors commencé à faire des visites d’interprétation pour expliquer le processus de fabrication du sirop d’érable et je fais déguster différents produits que je confectionne.
Même des gens d’ici qui connaissent le procédé de fabrication apprécient mes visites, car je les adapte pour être plus techniques.
J’offre via Terego la possibilité de dormir une nuit sur l’érablière en échange de produits ou d’une visite. Avec Terego, ce sont plutôt des Québécois qui sillonnent le Québec à bord de leur VR autonome. Il y a peu d’érablières qui offrent ce genre de services.
"Quelle est LA tâche qui vous fait le plus plaisir? Et celle que vous donneriez assurément à quelqu’un d’autre si vous le pouviez?"
J’ai toujours beaucoup aimé rencontrer les gens. Avec mon travail de journaliste, je rencontre des producteurs, des chercheurs et des passionnés de ce qu’ils font. J’essaie de faire transparaitre cette passion dans mes articles. La rédaction est une façon de laisser ma trace et d’apposer ma signature. Les visites à l’érablière sont une forme de communication orale qui me met en contact avec les gens. Je leur offre une expérience unique.
En acériculture, il y a beaucoup de nettoyage à faire! Elles sont nécessaires, mais le nettoyage demande beaucoup de temps. Ce n’est pas la tâche la plus intéressante à faire…
"Quelles sont les qualités requises pour devenir acéricultrice aujourd’hui?"
Pour produire du sirop d’érable, il faut être endurante, car la période des sucres est très exigeante. Ce sont de longues heures de travail. Pendant les quatre semaines de la saison des sucres, on commence très tôt le matin et on termine assez tard le soir. C’est un travail qui se réalise en partie à l’extérieur, notamment pour entailler les érables, dans des conditions parfois difficiles. Malgré le manque de sommeil, il faut être méticuleuse pour avoir un sirop d’érable de qualité. Cette méticulosité doit être appliquée notamment au nettoyage des équipements et à la lecture précise du degré Brix. Enfin, il faut être une bonne communicatrice pour pouvoir bien transmettre l’information lors des visites et pour vendre les produits. Il faut aussi avoir une certaine aptitude pour la vente.
Un conseil pour la relève agricole
"Quels conseils donneriez-vous à une jeune qui veut se lancer en acériculture?"
Je suggère de se former pour être bien informée avant de débuter, car la production de sirop d’érable est technique, mais également dispendieuse. Il faut bien évaluer les coûts avant de commencer, puis bien développer son marché. Au final, je reviens à la méticulosité dans ses démarches entrepreneuriales et techniques pour produire un sirop d’érable de qualité. Les techniques évoluent très rapidement, il faut se maintenir à jour.
Je pense qu’il faut être heureuse et épanouie dans ce que nous faisons. Nous devons sentir que nous sommes à la bonne place. Ma combinaison du journalisme avec l’acériculture est un peu hors du commun, mais j’en suis très heureuse. Mes journées ne se ressemblent pas et j’ai l’impression d’être utile aux gens par mon métier de journaliste et en faisant découvrir nos produits emblématiques de notre région aux gens venus d’ailleurs.
"Et pour l’avenir?"

Dans 5 à 10 ans, mon conjoint risque de prendre sa retraite. Pour ma part, j’ai l’intention de continuer à combiner mon travail de journaliste à l’acériculture. J’ai plusieurs projets pour l’érablière! J’aimerais agrandir l’érablière jusqu’à 2000 entailles. L’agrandissement implique que je transforme davantage de sirop d’érable et de faire de la promotion pour nos produits. Présentement, notre volume de sirop d’érable ne nécessite pas de promotion.
Je souhaite développer de nouveaux produits. Je dois faire attention, car j’ai déjà une vingtaine de produits pour lesquels je dois maintenir l’inventaire. C’est beaucoup de temps, mais c’est ma grande fierté! J'ai mis au point des produits qui se distinguent par ma touche personnelle. Les visites d’interprétation sont ma signature et les gens les apprécient d’après les commentaires sur Google qu’ils ont ajoutés. Ces commentaires me permettent d’avoir un meilleur achalandage grâce aux bonnes notes que les gens me donnent. C’est un signe pour moi que je réponds aux attentes des visiteurs.
J’aimerais avoir une salle pour un mini-musée dans ma cabane à sucre. Dans cette salle, on retrouverait des artéfacts du domaine acéricole que nous avions à nos débuts ainsi que d’autres pièces d’équipement que l’ancien propriétaire a laissé en quittant. Il y aurait des vidéos pour visualiser le processus de fabrication du sirop d’érable même au mois d’octobre. J’aimerais peut-être aussi quelques pancartes extérieures comme des panneaux d’interprétation.
Johanne, une inspiration pour les filles de demain
Johanne est une femme épanouie par sa combinaison des métiers de journaliste et d’acéricultrice. Elle contribue à faire rayonner l’acériculture du Québec par ses produits et la vulgarisation du processus de fabrication du sirop d’érable. En partageant l’histoire de femmes passionnées et pleines de projets comme Johanne, le projet O’Champ les filles! souhaite encourager de jeunes femmes à réaliser leurs rêves et à s’intéresser aux métiers en lien avec l’agriculture.
Audrey-Anne




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